Hasard, disques compacts et oeuf à la poêle.

C'est carrément maladif: Il m'est impossible d'entrer chez un disquaire et d'en sortir les bras vides. La règle d'or lorsque mon budget n'est plus mon ami: Éviter le méchant magasin de disques.

Malheureusement, un disque me faisait de l'oeil depuis un bon bout de temps. J'en voulais un pour moi et un pour une bonne amie à qui je l'avais promis. Budget oblige, je me retenais et cela, même si le disque était dorénavant offert à un prix frôlant le ridicule, même prix qui m'aurait normalement fait faire un backflip de bonheur. Cependant, devant doubler la mise, mes ardeurs s'en voyaient refroidies. Diantre.

Puis, il y a quelques jours, je décidai d'aller flâner dans un de ces établissements maudits tout en ayant une défense béton: je dois bien passer le temps en attendant un spectacle qui ne débutera pas avant quelques heures, non? Dès mon entrée chez le disquaire, je vois le fameux objet de mes désirs. Je cède en m'autorisant à le prendre lorsque je sortirai. Faiblesse quand tu nous tiens! S'en suit une séance d'écoute de plusieurs autres disques, si bien que j'en oublie l'objet de convoitise. Lorsque je me décide à quitter, une demoiselle me coupe le chemin en prenant le précieux disque, me le ramenant à l'esprit. J'en prends une seule copie, qui sera destinée à l'amie en question. Je le prendrai pour moi lorsque je pourrai me le permettre, tant pis!

Sur la rue, j'ai à peine franchi dix mètres que j'entreprends de déballer le nouvel achat. Après tout, entre amis, on se fout des formalités! Je l'écouterai jusqu'à ce que je lui remette, car là où il y a de la gêne, il n'y a pas de plaisir. De nombreuses minutes sont nécessaires afin de retirer la foutue pellicule (oui, l'être humain a créé la bombe A et les cartes à puce, mais un emballage facilement retirable, on planche encore là-dessus...) Enfin, je triomphe du misérable bout de plastique et j'ouvre la pochette. Je peine maintenant à retirer le disque... Damnation: après la pellicule, c'est le disque aussi n'est plus retirable.

Enfin, il cède. Je devrais plutôt écrire ils cèdent. Les voilà: magnifiquement beaux et surtout, magistralement pluriels. Deux disques compacts identiques, dans la même pochette et pour le prix d'un! Qui aurait crû ce phénomène possible? De plus, quel fabuleux hasard: J'ai eu maintes occasions d'acheter ce disque, mais j'ai choisi cet instant exact. Quelqu'un venait tout juste de prendre le premier et j'ai pris le deuxième sur le présentoir...

Vous vous souvenez de la surprise lorsque vous cassez un oeuf et que deux jaunes se retrouvent dans la poêle? Un petit sentiment de wow qui réveille l'âme. Un petit moment spécial au quotidien. Puis, on le mange et on oublie.

Cependant, dans ce fabuleux cas de pochette à deux disques, c'est comme si je redécouvrais deux jaunes à chaque écoute de ma copie.

Désormais, dans un racoin de mon existence - et de ma pochette à CD - se trouve un oeuf à deux jaunes. À jamais.
28.7.05 03:06