L'attente.

Ça me fait tout drôle. La dernière fois que je l'ai vue, son ventre était tendu et dur. Avant de prendre l'autobus, j'ai dit bonsoir à tout le monde et j'ai regardé une dernière fois la bedaine. Quand je serai de retour, ce ventre aura perdu tout son intérêt et cette véritable boîte à surprise aura révélé son contenu: un autre petit être humain faisant son entrée dans le monde. Ce sera d'abord une petite bête fripée qui pleurera à pleins poumons, puis un petit garçon qui nous questionnera sur tout. Le temps passe si rapidement.

Et je me dis qu'il faut beaucoup de foi pour devenir mère. Foi en soi, en l'autre, en la vie, en ce monde. Ou peut-être faut-il seulement se dire que ça va aller. Parce que, peu importe, ça finit toujours par aller. Il y aura plus de rires que de pleurs et ça vaudra le coup. Il y aura la vie.
23.5.07 15:54


Petite-Patrie

En bonne Montréalaise que je suis, les premiers soirs d'été causent chez moi une envie irrésistible d'aller à la crèmerie. La tiédeur du jour qui tombe m'entraîne vers ma première escapade-plaisir de l'année. J'adore ces tombées de jour où les avions semblent vouloir raser le sol. J'adore les avions point. Habiter sous une ligne aérienne, c'est avoir toujours le voyage dans la tête. C'est se donner l'occasion de rêver. Surtout imaginer les voyageurs à bord et les envier. Bientôt, ce sera mon tour. Bientôt.

Ce n'est pas la plus près, mais j'adore cette crèmerie de quartier. C'est d'ailleurs fascinant d'y être en simple observateur. Je mange mon sorbet en regardant les couples, les enfants et les chiens qui s'impatientent en regardant leurs maîtres qui tardent à choisir derrière la vitre. Chacun semble avoir quelqu'un. C'est beau. C'est le bonheur. Ça donne envie. J'élabore des théories. D'abord, je comprends qu'on remarque beaucoup les beaux chiens parce que la plupart sont carrément moches. On les aime jusqu'au bout, oui, mais rares sont les vraies belles bêtes. C'est triste que ce ne soit pas la même chose avec les êtres humains. Souvent, les animaux très laids ont un charme particulier. On les aime quand même. Avez-vous déjà entendu quelqu'un parler de son conjoint en disant qu'il est tellement laid qu'il a son charme? La vie de chien a ses avantages.

L'air est toujours tiède lorsque je reprends le chemin de la maison. Comme pour me faire croire que j'ai le temps, je continue sur la piste cyclable une rue plus au nord pour passer derrière la ruelle Boyer. Je roule rapidement et les odeurs des repas en préparation se succèdent. C'est à l'heure furtive où le ciel semble prendre une teinte verdâtre que je rentre chez moi. Encore beaucoup de boulot, mais cette heure de liberté a été franchement salutaire. Est-ce que j'ai déjà dit que j'adorais Montréal?
25.5.07 02:51