J'aurais voulu être un artiste?

C'est amusant de voir à quel point les gens sont impressionnés par le milieu de la télévision et du cinéma. Et à quel point ce monde mystérieux est tellement moins glamour vu de l'intérieur. À moins que le problème vienne de moi? Suis-je une maudite blasée finie?

Chacun a son poids, son fardeau quotidien. Après tout, rares sont ceux qui ne doivent pas travailler pour vivre. Souvent, les gens se plaignent des difficultés éprouvées dans leur vie; les tâches s'accumulent, plus de temps pour les amis, sentiment d'incompétence, etc. Je suis là, j'écoute, je comprends. Et c'est souvent là qu'on me lance le fameux «mais c'est tellement différent pour toi». Je l'oublie encore à chaque fois: Moi, mon travail est passionnant. Moi, mon travail est trippant. Moi, mon travail ce n'est pas un travail. C'est un loisir. Je m'amuse au quotidien. La grosse joie sale. Eux, s'ils avaient ma chance...

Bordel. Je veux vraiment pas jouer la carte de l'incomprise, mais c'est parfois frustrant de voir la facilité avec laquelle mes problèmes se relativisent vite dans la tête de certaines personnes. Oui mais toi, tu fais des films... Si j'argumente contre ça en disant qu'après tout c'est un travail comme un autre, la conversation prend un tournant quasi absurde. Je sens l'incompréhension de mon interlocuteur grandir encore et encore. Un fossé se creuse. Changement de sujet. Et nous n'y reviendrons pas.

Je ne compte plus les regards admiratifs lorsque les gens apprennent ce que je fais dans la vie. Je vois les yeux briller quand je leur donne des détails, positifs il va sans dire, puisque les problèmes n'intéressent pas ceux qui sont extérieurs à ce monde. Voyons, on veut le success story! Mais les étoiles, elles ne devraient pas être dans mes yeux aussi? Je suis trop résolument réaliste? Trop cynique? Dans la mauvaise branche?

Et tous ces gens qui se réveillent un matin, en fin de carrière, et qui se disent qu'ils n'auraient pas dû faire dentiste, comptable ou je ne sais quoi. Qu'ils auraient dû poursuivre leur passion. C'est le blues du business man, again and again. Sur repeat. J'aurais voulu être un artiiiiiiiiiiiiiiiiste... ( faut s'imaginer ici la note soutenue de Dubois). Come on. Achetez vous un kit de peinture, prenez des cours de chant, faites vos propres films. Vous allez voir, ça passe...

J'ai le cafard ce soir, me direz-vous. Allons, une petite nuit de sommeil et tout ira mieux. Ça fait trois mois que je me dis ça, mais bon: un jour ça sera l'été, mon projet sera fini et je pourrai passer à autre chose.
29.4.07 03:24
 


To date 4 Comment(s)     TrackBack-URL


Onassis / Website (29.4.07 13:43)
Oui, mais ton cafard n'est pas le même que le nôtre : On trime. Alors que toi, tu fais des films.

Remarque : la rime n'est pas du tout le fruit d'un quelconque hasard. C'est le produit d'un dur labeur qui prouve, si preuve il en fallait, le fin fond de l'artiiiiiiiiste en moi.


dom / Website (30.4.07 00:50)
Non, non, c'est pas la même chose pour toi. C'est PIRE.

(Moi, je fais partie de la classe encore plus incomprise du monde qui haïssent ça, faire des films.)


André-Pier / Website (19.5.07 16:21)
Quand je constate toute la merde que représente un reportage de 4 minute, j'imagine ta job comme celle d'un pelleteur de montagne purin.

Sauf que le pelleteur de purin ne recoit JAMAIS de petite statuette toute dorée dans un gala plein de pelleteur de merde qui s'en sont bien tiré.

Lâche pas, la montagne diminue à chaque pelletée.


Vertelime (23.5.07 16:03)
@ Onassis: Voilà, c'est prouvé: un artiste sommeille en toi... je t'achèterai un kit à macramé et un poncho pour ta fête.
@ Dom: Tu rockes tellement!
@ André-Pier: Ahah, j'adore l'image. Merci d'ailleurs pour l'encouragement. Peu importe, la montagne sera bientôt chose du passé...yahoooo!

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